Le bore est un oligo-élément présent dans les aliments d'origine végétale, et on lui prête deux grandes vertus : aider à garder le calcium dans les os et influencer les hormones sexuelles, dont la testostérone. Les premières études vont effectivement dans ce sens, mais elles sont petites, anciennes et menées sur quelques personnes. Au Canada, un supplément de bore homologué ne peut d'ailleurs pas promettre grand-chose de plus qu'un soutien du métabolisme du calcium. Voici ce que la recherche permet vraiment d'affirmer, et ce qu'il faut savoir avant d'en acheter.
Le bore, un oligo-élément discret mais pas anodin
Le bore est essentiel à la croissance des plantes. Chez l'humain, son statut est plus flou. Dans un document de 2007 consacré au bore, Santé Canada rappelait qu'aucune fonction biochimique précise n'avait encore été identifiée chez l'humain et que l'Institute of Medicine américain n'avait pas pu établir de besoin nutritionnel. Aucune carence naturelle n'avait non plus été signalée en Amérique du Nord.
Concrètement, ça veut dire qu'il n'existe pas d'apport recommandé pour le bore, contrairement au calcium ou au magnésium. Il existe seulement des limites supérieures :
- 20 mg par jour pour les adultes, selon l'Institute of Medicine (2001);
- 10 mg par jour pour les adultes, selon l'Autorité européenne de sécurité des aliments (2004).
Le même document de Santé Canada estimait l'apport naturel moyen d'un adulte canadien à environ 3,4 mg par jour, en combinant l'alimentation et l'eau potable. Une alimentation riche en fruits et en légumes en fournit donc déjà une quantité non négligeable.
Bore et calcium : la piste osseuse
C'est l'argument le plus souvent avancé pour le bore, et il repose surtout sur une étude américaine publiée en 1987. Douze femmes ménopausées de 48 à 82 ans ont été suivies en unité métabolique. Pendant 119 jours, elles ont mangé un menu très pauvre en bore (environ 0,25 mg par jour). Les chercheurs leur ont ensuite donné 3 mg de bore par jour.
Résultat : les participantes ont éliminé nettement moins de calcium et de magnésium dans leur urine. L'effet semblait plus marqué chez celles dont l'alimentation manquait de magnésium. Les auteurs y ont vu un effet compatible avec la prévention de la perte de calcium et de la déminéralisation osseuse.
Trois nuances changent toutefois la lecture de cette étude :
- Le point de départ était artificiellement bas. Les femmes sortaient de quatre mois d'un régime presque sans bore, bien en dessous de ce qu'apporte une alimentation canadienne habituelle.
- La dose testée correspond à ce qu'on trouve dans l'assiette. Les auteurs eux-mêmes précisent que 3 mg par jour est la quantité courante d'une alimentation riche en fruits et légumes.
- On a mesuré l'urine, pas les os. Moins de calcium perdu dans l'urine ne démontre pas une meilleure densité osseuse ni moins de fractures.
Santé Canada résumait la situation de façon prudente en 2007 : le bore interagit avec le calcium, le magnésium, la vitamine D et les œstrogènes, ce qui laisse supposer un rôle protecteur contre l'ostéoporose, mais les bienfaits observés concernaient surtout les animaux et les personnes carencées en bore ou en nutriments associés. L'organisme ajoutait qu'une allégation sur la minéralisation osseuse exigerait des données justificatives.
Pour la solidité des os, les nutriments les mieux documentés restent le calcium, la vitamine D et, dans une moindre mesure, la vitamine K. Notre article Soutenez la santé des os avec les vitamines K et D fait le point sur leur rôle. Et comme le bore semble agir davantage quand le magnésium manque, vérifier d'abord son apport en magnésium est un réflexe logique : la carence en magnésium touche une large part de la population, selon un autre article de notre blogue.
Testostérone et œstrogènes : des études à la loupe
La réputation « hormonale » du bore s'est construite sur trois petites études, qui ne disent pas toutes la même chose.
Chez les femmes ménopausées
Dans l'étude de 1987 décrite plus haut, l'ajout de 3 mg de bore a fait monter de façon marquée les taux sanguins d'estradiol (un œstrogène) et de testostérone. Encore une fois, l'effet était plus net chez les femmes qui manquaient de magnésium, et il survenait après une période de privation de bore. Personne n'a vérifié si cet effet se maintenait dans le temps ni s'il avait une portée clinique.
Chez les hommes en santé
En 2011, une équipe iranienne a donné 10 mg de bore par jour à huit hommes en santé pendant une semaine. Leur testostérone libre a augmenté, leur estradiol a diminué, tout comme certains marqueurs d'inflammation. Huit participants, sept jours, sans groupe témoin distinct : c'est un signal intéressant, pas une démonstration. Notons aussi que 10 mg par jour correspond à la limite supérieure fixée en Europe.
Chez des culturistes
L'étude la plus proche de l'usage réel donne le résultat inverse. En 1993, 19 culturistes de 20 à 27 ans ont reçu soit 2,5 mg de bore par jour, soit un placebo, pendant sept semaines d'entraînement. Les deux groupes ont gagné en testostérone totale, en masse maigre et en force. Le bore n'a fait aucune différence sur l'une ou l'autre de ces mesures.
En résumé : il est plausible que le bore influence le métabolisme des hormones sexuelles, surtout en cas d'apport faible. Rien ne permet d'affirmer qu'un supplément fasse grimper la testostérone d'un homme qui mange déjà des fruits et des légumes, ni qu'il améliore la masse musculaire. Même une revue de 2015, très favorable au bore, ne propose pas plus de 3 mg par jour, et surtout pour les personnes dont l’alimentation manque de fruits et de légumes ou qui présentent un risque osseux.
Ce que Santé Canada encadre réellement
Au Canada, le bore se retrouve dans deux types de produits, encadrés différemment.
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Type de produit |
Ce que l'encadrement prévoit |
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Multivitamines et minéraux |
Selon la monographie de Santé Canada (version du 26 juin 2026), le bore est un ingrédient « complémentaire » : maximum de 700 µg par jour, réservé aux adultes de 19 ans et plus, et aucune allégation ne peut s'appuyer sur lui. |
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Suppléments de bore seul, souvent à 3 mg |
Ils sont évalués produit par produit. Le document de 2007 fixait la dose maximale à 3,36 mg par jour en provenance des produits de santé naturels. Un produit de citrate de bore à 3 mg homologué consulté dans la base de données de Santé Canada porte l'allégation « aide à maintenir un métabolisme sain du calcium ». |
Vous remarquerez qu'aucune allégation officielle ne porte sur la testostérone, la libido ou la ménopause. Si une étiquette ou une publicité va plus loin, c'est un signal pour redoubler de prudence. Le premier réflexe reste de vérifier la présence du numéro de produit naturel (NPN), qui confirme que le produit a été autorisé par Santé Canada.
Qui devrait s'abstenir ou demander conseil
Les mises en garde associées au bore sont peu nombreuses, mais elles comptent. D'après le document de Santé Canada et les conditions d'homologation consultées :
- Grossesse et allaitement : le document de 2007 contre-indique les produits de bore dans ces situations.
- Enfants : les produits de bore sont réservés aux adultes.
- Cancer hormonodépendant : les personnes ayant reçu un diagnostic de cancer dépendant des œstrogènes doivent consulter avant l'utilisation. Santé Canada précise qu'il s'agit d'une mesure de prudence, aucun risque n'ayant été confirmé, mais la logique est simple : on évite d'ajouter un produit qui pourrait modifier les œstrogènes.
- Trouble rénal : le bore est éliminé par les reins, et un produit homologué demande de consulter en cas de trouble rénal.
- Hormonothérapie en cours : si vous prenez un traitement hormonal, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant d'ajouter un produit présenté comme « hormonal ».
Manger son bore plutôt que l'avaler
Puisque les études positives ont été menées chez des personnes privées de bore, la façon la plus simple d'éviter un apport faible passe par l'assiette. Le bore est concentré dans les végétaux : une alimentation qui fait une large place aux fruits, aux légumes, aux légumineuses et aux noix en fournit naturellement.
Quelques situations peuvent justifier d'y regarder de plus près :
- une alimentation pauvre en fruits et en légumes pendant une longue période;
- un apport en magnésium faible, puisque les effets du bore semblaient plus marqués dans ce contexte;
- une préoccupation pour la santé osseuse après la ménopause, à discuter avec un professionnel en même temps que le calcium, la vitamine D et l'activité physique.
Si un supplément vous semble pertinent, vous trouverez du bore seul et des formules pour les os dans notre section vitamines, minéraux et acides aminés. Vérifiez la quantité de bore par dose, surtout si vous prenez déjà une multivitamine qui en contient : les apports s'additionnent.
Vos questions sur le bore
Le bore augmente-t-il vraiment la testostérone ?
Une petite étude a observé une hausse de la testostérone libre chez huit hommes après une semaine à 10 mg par jour. Une autre, chez des culturistes, n'a trouvé aucun effet à 2,5 mg par jour sur sept semaines. Les données sont trop minces pour en faire une promesse, et Santé Canada n'autorise aucune allégation en ce sens.
Le bore peut-il remplacer un traitement contre l'ostéoporose ?
Non. Les données sur le bore portent sur l'élimination urinaire du calcium chez des femmes privées de bore, pas sur la densité osseuse ni sur les fractures. Si vous avez reçu un diagnostic d'ostéoporose ou d'ostéopénie, votre plan doit être établi avec votre médecin.
Le bore est-il utile pendant la ménopause ?
L'étude de 1987 a été menée chez des femmes ménopausées, d'où l'intérêt pour cette période. Elle ne permet toutefois pas de conclure à un effet sur les bouffées de chaleur ou les autres symptômes, et les femmes ayant des antécédents de cancer hormono dépendant doivent consulter avant d'en prendre.
Y a-t-il un risque de dépasser la dose ?
Les limites supérieures sont fixées à 20 mg par jour aux États-Unis et à 10 mg par jour en Europe pour les adultes. Un produit à 3 mg pris selon l'étiquette reste loin de ces seuils, mais il faut additionner tous les produits que vous prenez, multivitamine comprise.
Bore : l'essentiel à retenir
Le bore n'est ni un mythe ni un remède. Les études suggèrent qu'il participe au métabolisme du calcium et des hormones sexuelles, surtout quand l'apport alimentaire est faible, mais elles restent petites et ne démontrent ni un effet sur les fractures ni une hausse fiable de la testostérone. Au Canada, la seule allégation consultée pour un supplément de bore seul concerne le métabolisme du calcium. Commencez par l'assiette et le magnésium, choisissez un produit avec NPN si vous allez plus loin, et évitez-le pendant la grossesse ou en cas de cancer hormonodépendant sans avis médical.
Vous hésitez entre un supplément de bore, une formule pour les os ou un simple ajustement de votre alimentation ? Nos naturopathes agréés peuvent vous aider à y voir clair lors d'une consultation personnalisée dans l'une de nos quatre succursales de Gatineau, ou par téléphone au 819-771-3000 pour prendre rendez-vous.
Références
- Le bore en tant qu’ingrédient médicinal dans les produits de santé naturels administrés par voie orale (archivé). Santé Canada. 2007. https://www.canada.ca/fr/sante-canada/services/medicaments-produits-sante/rapports-publications/produits-sante-naturels/bore-tant-ingredient-medicinal-produits-sante-naturels-administration-orale-direction-produits-sante-naturels-sante-canada-2007.html
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- Boron, Fact Sheet for Health Professionals. Office of Dietary Supplements, National Institutes of Health (NIH). 2022. https://ods.od.nih.gov/factsheets/boron-HealthProfessional/
- Effect of dietary boron on mineral, estrogen, and testosterone metabolism in postmenopausal women. Nielsen FH et al. FASEB Journal. 1987. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/3678698/
- Suppléments de vitamine D et de calcium. Ostéoporose Canada. 2026. https://osteoporose.ca/prises-de-position/supplements-de-vitamine-d-et-de-calcium/
- Vitamines K et D : bienfaits pour la santé des os. La Boîte à Grains. https://laboiteigrains.com/blogs/sante-globale/soutenez-la-sante-des-os-avec-les-vitamines-k-et-d
- Magnésium : ses bienfaits. La Boîte à Grains. https://laboiteigrains.com/blogs/supplements-naturels/82-de-la-population-presente-une-carence-en-magnesium
- Comparative effects of daily and weekly boron supplementation on plasma steroid hormones and proinflammatory cytokines. Naghii MR et al. Journal of Trace Elements in Medicine and Biology. 2011. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21129941/
- The effect of boron supplementation on lean body mass, plasma testosterone levels, and strength in male bodybuilders. Ferrando AA, Green NR. International Journal of Sport Nutrition. 1993. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/8508192/
- Nothing Boring About Boron. Pizzorno L. Integrative Medicine: A Clinician’s Journal. 2015. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26770156/
- Monographie Suppléments de multivitamines/minéraux. Santé Canada. https://webprod.hc-sc.gc.ca/nhpid-bdipsn/
- Fiche du produit NPN 80044094 (bore 3 mg). Base de données des produits de santé naturels homologués, Santé Canada. https://health-products.canada.ca/lnhpd-bdpsnh/info?licence=80044094
- Qu’est-ce que le Numéro de Produit Naturel (NPN) ? La Boîte à Grains. https://laboiteigrains.com/blogs/nutrition/quest-ce-que-le-numero-de-produit-naturel-npn
