Sur la question de la testostérone et du muscle, le tribulus relève surtout du mythe : les essais menés chez l'humain ne montrent pas de hausse de testostérone chez l'homme en santé, ni de gain de force. Sur la libido et la fonction érectile légère, le portrait est plus nuancé, avec quelques essais positifs, mais un niveau de preuve encore faible. Voici le verdict, promesse par promesse, pour savoir si cette plante mérite une place dans votre routine.
D'où vient la réputation du tribulus
Tribulus terrestris, qu'on appelle aussi croix-de-malte, tribule terrestre ou épine du diable, est une plante rampante aux fruits épineux. Elle a une longue histoire dans deux grandes médecines traditionnelles.
- En Ayurvéda, sous le nom de gokshura, elle était employée comme diurétique, pour les mictions difficiles, pour les hémorroïdes et comme aphrodisiaque masculin.
- En médecine traditionnelle chinoise, sous le nom de ji li, on l'utilisait notamment contre les maux de tête, les étourdissements, les yeux rouges et les démangeaisons.
Sa renommée moderne est venue d'ailleurs : du milieu de la musculation. La plante contient des saponines stéroïdiennes, dont la protodioscine, et des études chez l'animal ont observé une hausse de la testostérone. Il n'en fallait pas plus pour que le tribulus se retrouve dans une foule de produits « pour hommes » et de formules présentées comme des stimulants hormonaux naturels.
Ce que Santé Canada autorise sur l'étiquette
C'est un indice révélateur. La monographie de Santé Canada sur le tribulus, mise à jour en mai 2026, ne permet que des allégations traditionnelles, issues de l'Ayurvéda ou de la médecine chinoise. Par exemple : « Utilisé traditionnellement en Ayurvéda comme Vrsya (aphrodisiaque) pour les hommes ».
On n'y trouve aucune allégation liée à la testostérone, à la masse musculaire ou à la performance sportive. Autrement dit, un produit autorisé au Canada ne peut pas légitimement vous promettre de « booster » vos hormones.
Le verdict, promesse par promesse
Promesse no 1 : faire grimper la testostérone
Verdict : mythe chez l'homme en santé.
Dans un essai mené auprès de 21 jeunes hommes pendant quatre semaines, deux doses différentes d'extrait de tribulus n'ont modifié ni la testostérone, ni l'androstènedione, ni l'hormone lutéinisante, par rapport au placebo.
Une revue systématique publiée en 2014 est arrivée à la même conclusion : chez l'humain, le tribulus ne s'est pas montré efficace pour augmenter la testostérone. Les hausses observées chez l'animal ne se sont pas reproduites chez l'homme, sauf dans des études où il faisait partie d'un mélange de plusieurs ingrédients, ce qui empêche d'attribuer l'effet au tribulus.
Une revue plus récente, publiée en 2025 et portant sur dix essais cliniques, confirme la tendance : huit études sur dix n'ont rapporté aucun changement significatif du profil hormonal. Les deux exceptions concernaient des hommes présentant un hypogonadisme, c'est-à-dire une production de testostérone déjà insuffisante. Ce cas relève d'un diagnostic et d'un suivi médical, pas d'une automédication.
Promesse no 2 : plus de muscle et plus de force
Verdict : mythe.
Une étude menée auprès de 22 joueurs de rugby à XIII de haut niveau, suivis pendant cinq semaines d'entraînement en présaison, n'a trouvé aucun effet du tribulus sur la force musculaire ni sur la composition corporelle, comparativement au placebo.
C'est cohérent avec ce qui précède : si la testostérone ne bouge pas, il n'y a pas de raison de s'attendre à un effet anabolisant.
Promesse no 3 : améliorer la fonction érectile
Verdict : possible chez certains hommes, mais preuves de faible niveau.
C'est le volet le plus intéressant. Dans la revue de 2025, trois des cinq études qui mesuraient la fonction érectile avec un questionnaire validé ont rapporté une amélioration, chez des hommes ayant une dysfonction légère à modérée, sur une période d'un à trois mois. Un essai randomisé publié en 2017 auprès de 180 hommes a notamment observé une amélioration significative de la fonction sexuelle globale après 12 semaines, sans effet indésirable grave lié au produit.
Les auteurs de la revue restent toutefois prudents et qualifient le niveau de preuve de faible. D'autres essais n'ont pas trouvé de différence avec le placebo.
Un rappel important : une dysfonction érectile peut être un signal précoce d'un problème cardiovasculaire ou métabolique, comme le diabète. Avant d'essayer quoi que ce soit, un rendez-vous avec votre médecin s'impose.
Promesse no 4 : raviver le désir chez la femme
Verdict : pistes encourageantes, certitude très faible.
Une revue systématique publiée en 2020 a regroupé cinq essais randomisés, totalisant 279 femmes avant ou après la ménopause qui présentaient une baisse du désir sexuel. Les femmes qui prenaient du tribulus ont vu leurs scores de fonction sexuelle s'améliorer après un à trois mois, comparativement au placebo. Les auteurs soulignent cependant une certitude très faible, en raison de la petite taille des études et de leurs limites méthodologiques.
Promesse no 5 : « c'est naturel, donc sans risque »
Verdict : à nuancer.
Aux doses étudiées, le tribulus est généralement bien toléré. Les effets indésirables rapportés sont surtout digestifs : inconfort, nausées. Quelques cas isolés d'effets graves ont toutefois été publiés, dont une atteinte rénale sévère chez un jeune homme qui buvait de grandes quantités d'eau de tribulus et un cas de gynécomastie. Ces cas restent rares et le lien de cause à effet n'est pas toujours établi, mais ils rappellent qu'une plante active n'est jamais anodine.
Les mises en garde de la monographie de Santé Canada vont dans le même sens :
- consulter un professionnel de la santé avant l'utilisation en cas de grossesse;
- un effet diurétique peut se manifester;
- cesser l'utilisation en cas de réaction allergique;
- pour les produits de médecine chinoise, ne pas utiliser en cas d'hypotension ou de déficience du foie.
Le bilan en un coup d'œil
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Promesse |
Verdict |
Niveau de preuve
|
|---|---|---|
|
Hausse de la testostérone |
Mythe chez l'homme en santé |
Plusieurs essais négatifs |
|
Gain de muscle et de force |
Mythe |
Essais négatifs |
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Fonction érectile légère à modérée |
Effet possible |
Faible |
|
Désir sexuel féminin |
Piste encourageante |
Très faible |
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Innocuité |
Bien toléré, avec prudence |
Cas isolés d'effets graves |
Pour qui le tribulus peut-il avoir du sens ?
Le tribulus peut se discuter pour un adulte qui vit une baisse de désir ou une dysfonction érectile légère, après avoir consulté son médecin pour écarter une cause médicale, et qui accepte de tester une approche au bénéfice modeste et incertain.
Il est en revanche peu indiqué, ou à éviter :
- si votre objectif est de gagner du muscle ou d'améliorer vos performances;
- si vous soupçonnez une baisse de testostérone, qui mérite un bilan sanguin plutôt qu'un supplément;
- pendant la grossesse;
- si vous faites de l'hypotension ou avez un problème de foie;
- si vous prenez déjà des médicaments pour la pression ou des diurétiques, sans en avoir parlé à votre pharmacien, en raison de l'effet diurétique possible.
Bien lire l'étiquette d'un produit de tribulus
Nous offrons le tribulus seul et intégré à certaines formules destinées aux hommes. Quel que soit le produit, voici les points à vérifier :
- Le NPN. Il confirme que le produit est autorisé par Santé Canada.
- L'allégation. Sur un produit qui s'appuie sur la monographie de Santé Canada, elle sera de nature traditionnelle. Une promesse de hausse de testostérone sur un site web ou une publicité doit vous mettre la puce à l'oreille.
- La partie de la plante et la préparation. Fruit ou racine, extrait ou poudre : la monographie prévoit des doses différentes selon la préparation.
- La standardisation. Certains extraits indiquent une teneur en saponines. L'essai de 2017 mentionné plus haut utilisait justement un extrait standardisé, et des chercheurs se sont penchés sur les différences de composition entre des plantes récoltées dans différentes régions.
- Les formules combinées. Un mélange de six plantes pour hommes peut avoir sa logique, mais il devient impossible de savoir laquelle agit.
Notre article sur comment reconnaître un bon produit de santé naturel revient sur l'importance du NPN et des mentions à vérifier sur l'étiquette.
Des approches mieux documentées selon votre objectif
Vous voulez plus de muscle et de force ? Les bases ont fait leurs preuves : un entraînement en résistance progressif et un apport suffisant en protéines réparti dans la journée. Notre article Le secret des protéines compare les différentes sources de protéines, et notre section nutrition sportive regroupe des options mieux documentées, comme la créatine monohydratée et les protéines en poudre.
Vous visez l'énergie et la libido ? Sommeil, gestion du poids, consommation d'alcool et activité physique pèsent lourd dans l'équation. Un bilan médical permet aussi de vérifier les taux d'hormones plutôt que de les deviner. Une fois ce portrait établi, il devient beaucoup plus simple de choisir un produit de santé naturel adapté.
Le verdict final sur le tribulus
Le tribulus ne fait pas grimper la testostérone chez l'homme en santé et ne fait pas gagner de muscle : sur ces deux points, la réputation dépasse largement les données. Pour la fonction érectile légère et le désir sexuel, quelques essais sont favorables, mais leur niveau de preuve reste faible. Si vous l'essayez, faites-le après avoir vu votre médecin, avec un produit portant un NPN, et en vous fixant une période d'évaluation d'un à trois mois.
Vous aimeriez un avis personnalisé avant d'acheter ? Nos naturopathes agréés offrent des consultations dans la région de Gatineau. Ils vous aideront à choisir l'approche qui correspond à votre objectif réel, qu'il s'agisse ou non du tribulus.
Références
- Base de données des ingrédients de produits de santé naturels, rechercher Tribulus terrestris, monographie mise à jour le 29 mai 2026. Santé Canada. https://webprod.hc-sc.gc.ca/nhpid-bdipsn/
- The aphrodisiac herb Tribulus terrestris does not influence the androgen production in young men. Neychev VK, Mitev VI., Journal of Ethnopharmacology. 2005. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/15994038/
- The effect of five weeks of Tribulus terrestris supplementation on muscle strength and body composition in elite rugby league players. Rogerson S et al., Journal of Strength and Conditioning Research. 2007. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/17530942/
- A systematic review on the herbal extract Tribulus terrestris and its putative aphrodisiac and performance enhancing effect. Qureshi A, Naughton DP, Petroczi A., Journal of Dietary Supplements. 2014. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24559105/
- Effects of Tribulus supplementation on erectile dysfunction and testosterone levels in men, a systematic review of clinical trials. Vilar Neto JO et al., Nutrients. 2025. https://www.mdpi.com/2072-6643/17/7/1275
- Evaluation of the efficacy and safety of Tribulus terrestris in male sexual dysfunction. Kamenov Z et al., Maturitas. 2017. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/28364864/
- Tribulus Terrestris for Female Sexual Dysfunction, a systematic review. Martimbianco ALC et al., Revista Brasileira de Ginecologia e Obstetricia. 2020. https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10316844/
- Tribulus terrestris-induced severe nephrotoxicity in a young healthy male. Talasaz AH et al., Nephrology Dialysis Transplantation. 2010. https://academic.oup.com/ndt/article-abstract/25/11/3792/1904302
- Gynaecomastia and the plant product Tribulis terrestris. PubMed. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/15454201/
